Webinaire - Trop d'outils numériques ? Comment éviter la saturation et mieux coopérer ?
20 octobre 2026·Par Margaux Sabatier
Trop d’outils numériques en agriculture ? Trois acteurs de terrain répondent
_Webinaire 3 du parcours Agroécologie & numérique, animé par Mathilde Florentin (Jeune Pousse), avec Baptiste Fainéant (Saipol), Théo-Paul Haezebrouck (Farm Connect, Agrimaker) et Mathilde Hibon (LIA, GIP d’Occitanie)._ Capteurs, applications, plateformes, outils d’aide à la décision : le numérique agricole se multiplie, et la lassitude se fait sentir sur les fermes. Mathilde Florentin, qui pilotait cette table ronde, a ouvert le débat en pensant à son père, agriculteur installé depuis 1993, à l’aise avec son téléphone mais pas avec l’ordinateur. Y a-t-il trop d’outils ? Les trois intervenants ont répondu chacun depuis leur terrain.Pas trop d’outils, mais des outils mal adaptés
Pour Théo-Paul Haezebrouck, le problème n’est pas le nombre. Il y a autant d’outils que de façons de faire de l’agriculture : le maraîcher en vente directe, l’éleveur en système intensif ou au pâturage, le céréalier bio n’ont pas les mêmes besoins. Les logiciels historiques, très généralistes, couvraient un peu tout sans être excellents nulle part. Ce qui manque aujourd’hui, c’est de savoir quel outil convient à quelle exploitation, et que ces outils communiquent entre eux. Il anticipe aussi un coût : qui dit outil dit abonnement. Baptiste Fainéant le confirme depuis l’aval. L’intelligence artificielle va faciliter la création d’outils très ciblés, donc en augmenter encore le nombre. Le défi sera de choisir les bons et de valoriser leur coût, soit par des gains de charges ou de rendement, soit par des primes de filière. Mathilde Hibon est la plus nuancée : à l’échelle d’un territoire, il y a bien trop d’outils, avec un manque de coordination et d’ambition commune.Trois façons d’éviter l’outil de trop
Valoriser la donnée primaire en filière (Saipol). Saipol, filiale du groupe Avril, transforme le colza et le tournesol. Son programme Empreinte, adossé à la plateforme Oléos, collecte les données agricoles et les confronte aux cahiers des charges de ses clients, plutôt que d’en imposer un nouveau aux agriculteurs par client. Les débouchés vont des biocarburants à la glycérine pour la cosmétique, des tourteaux pour l’alimentation animale aux huiles alimentaires. Le programme a porté sur environ 200 000 tonnes de graines de colza en 2025, avec une valorisation moyenne de 35 € la tonne, soit près de 7 millions d’euros reversés à la coopérative, au négoce et aux agriculteurs. Une dizaine d’organismes stockeurs y participent. Un guichet unique qui connecte les outils (Agrimaker). Théo-Paul Haezebrouck a repris Agrimaker en avril 2026. Le principe est celui d’un bureau virtuel : l’agriculteur crée un compte, découvre des services gratuits ou payants et s’y connecte en un clic. La plateforme compte environ 45 000 agriculteurs, une quinzaine de services, plus de 20 000 connexions par mois, et vient d’accueillir deux nouvelles applications pour la grande culture. Les données sont hébergées en France, chez OVH. Il tient aussi à ce que chaque échange de données se fasse avec l’accord de l’exploitant. Avec Agrilinker, l’agriculteur récupère ses données (MesParcelles, Géofolia) sans les ressaisir. Partir du besoin du territoire (E4). Mathilde Hibon présente E4, un hub d’encapacitation pour l’agroécologie dans les territoires à enjeux. Le projet est né dans le Gers, face à des pollutions de l’eau potable par les pesticides. Les données existaient, mais en silos, chez les agences de santé, les agences de l’eau ou dans les achats de produits phytosanitaires. E4 les croise à l’échelle de territoires concrets (captages, bassins versants) pour les rendre lisibles par les syndicats d’eau et les collectivités. L’idée : fabriquer un « commun numérique » plutôt qu’un catalogue de données de plus, et surtout ne pas créer un outil de plus.Les conseils pour avancer
Pour Mathilde Hibon, la priorité est de se demander quel outil, pour quel besoin et pour quel acteur, avec des données pertinentes et stratégiques, présentées à la bonne échelle. Théo-Paul Haezebrouck invite les éditeurs à s’ouvrir aux API, ces interfaces qui permettent à deux logiciels d’échanger : un logiciel sans API, c’est « une belle villa sur la Côte d’Azur sans porte ni chemin pour y accéder ». Aux agriculteurs, il demande de signaler les solutions qui manquent. Baptiste Fainéant insiste sur l’interopérabilité et sur la valeur apportée par les filières aval, prêtes à payer pour la traçabilité de leurs approvisionnements. Il conseille aux agriculteurs de ne pas multiplier les outils de traçabilité.Les échanges avec le public
Un exemple parlant sur le prix : une demande d’équarrissage facturée 34 centimes a déjà valu à Théo-Paul Haezebrouck un « merci de me désabonner ». Une fois expliqué que la facture correspondait à un service utilisé, l’agriculteur a maintenu son abonnement. Sa conclusion : un agriculteur accepte de payer quand on lui explique ce qu’il paie. Sur la formation, tester plusieurs outils, parfois concurrents, permet surtout d’acquérir les concepts de base pour s’adapter ensuite. Enfin, décliner un outil en dizaines de versions a un coût, tout comme l’interopérabilité, et la question économique reste centrale : un utilisateur paie à la hauteur de la valeur qu’il perçoit.La suite du parcours
Prochain rendez-vous : le mardi 10 novembre, de 11 h à 13 h, sur « Numérique & agroécologie : quel gain concret pour la ferme ? », avec un cabinet de conseil agricole, Cropwise et Scopic, solution de traçabilité depuis le tracteur. Des animations sont aussi prévues au Salon de l’agriculture en février, et le parcours se poursuit jusqu’au début 2028.Lien vers le replay :

